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Le "Nahoon" et Élisabeth

L’histoire du "Nahoon" se poursuit avec l’arrivée d’Élisabeth en Guadeloupe. Entre découverte de la mer, vie à bord et naissance d’une nouvelle aventure, ce récit retrace la grande navigation du "Nahoon" — unique, mais inoubliable.

Arrivée en Guadeloupe

Élisabeth est née à Bar-le-Duc et y a fait ses études. De la mer, elle ne connaissait pas grand-chose, si ce n’est les vacances passées à Saint-Servan, en Bretagne.

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Elisabeth

Après un BTS d’assistante d’ingénieur, elle obtient un poste d’assistante du chef des travaux au lycée d’Évreux. La perte prématurée de ses deux parents la bouleverse profondément.

Sur les conseils d’un collègue, elle décide de changer d’air et fait une demande de mutation en Guadeloupe. Fin 1974, Élisabeth débarque pour rejoindre son poste au lycée de Baimbridge. Elle est accueillie par Robert, un ami d’Évreux, qui garde un bateau récemment acquis par un autre de ses amis : le Pheb, ancien bateau des phares et balises transformé en voilier par Henry Wakelam quelques années auparavant.

Premiers pas à bord

Par curiosité et pour changer de cadre, elle s’installe provisoirement à bord. Elle prend ses fonctions au lycée, et sa vie s’organise entre travail et découverte de la vie maritime.

Pendant trois mois, elle côtoie des navigateurs et aventuriers de tout poil. Les soirées s’étirent en récits et anecdotes. Se sentant dans son élément, elle accepte la proposition de Christian, un collègue, de partager l’achat d’un petit voilier en bois de 8 mètres, Iwana, déniché en Martinique.

Lorsque son déménagement la contraint à quitter le bateau pour un appartement, Élisabeth continue de fréquenter les bateaux de ses amis le soir. Les conversations tournent souvent autour d’un personnage : Henry Wakelam.

Henry Wakelam et le "Nahoon"

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Henry

Henry restaure depuis sept ou huit ans un bateau de 40 mètres. Il vit avec son fils Ivan, neuf ans, son épouse ayant quitté le bord avec leurs deux autres enfants. Pour subvenir au quotidien, Henry travaille sur d’autres bateaux et récupère tout ce qu’il peut, y compris quelques kilos de riz. La débrouille est son quotidien.

Alors que personne ne s’y attend plus, la nouvelle court : le "Nahoon" est prêt pour sa première sortie. Pour rentabiliser cette journée, il en confie la “commercialisation” à ses amis, tous aussi fauchés que lui. Élisabeth, travaillant dans un autre monde, est la seule capable de mener l’affaire à bien.

Un soir, Robert l’emmène sur le "Nahoon". Henry, occupé à nettoyer un moteur, l’accueille. Sa première question, avec son fort accent anglais :

« Es-tu libre ? »
« Et pourrais-tu vivre sur un bateau ? »

Élisabeth hésite et répond timidement,
« C’est à voir ! »

Henry en conclut que l’affaire est réglée. Elle organise alors la première sortie du voilier "Nahoon" pour une vingtaine de passagers, repas inclus pour 50 F (environ 8 €). La mer est calme, et l’aventure les mène jusqu’à l’îlet Gosier, où ils partagent le traditionnel repas du bord.

Début de la vie à bord

Après Noël 1974, Élisabeth part en Martinique pour récupérer Iwana avec Josée, Christian, leur fille et leur chien. La traversée est laborieuse, et au retour Henry inspecte le voilier : les boulons de quille sont complètement oxydés.

Début 1975, Élisabeth s’installe définitivement sur le "Nahoon". La vie à bord se structure :

Aventures et travaux maritimes

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Le Nahoon sous pavillon de Saint-Vincent

Au cours de l’année 1975, Henry déplace une épave qui avait sectionné le câble électrique de Terre-de-Haut aux Saintes. Avec ses « tirfor », il dégage le câble depuis la plage en une semaine et reçoit 10 000 F (≈1500 €) pour payer une partie du carénage du "Nahoon". Rendez-vous est pris au bassin de radoub, à Fort-de-France.

Après les derniers essais sous voiles, le "Nahoon" lève l’ancre vers la Martinique en mars 1976 pour inspection et carénage, accompagné de Gérard, Sonia et leurs filles. Élisabeth découvre la navigation sur ce grand voilier.

Arrivé dans la baie de Fort-de-France, gros moment d’émotion : près de l'Abri Côtier, un petit bateau attire l'attention d'Henry, il s’agit du « "Wanda" », bateau de 7m50 qu’Henry a construit à Cape Town dans les années 1950.

La forme de radoub dans laquelle est rentré le "Nahoon" vidée, l'ampleur des travaux apparaît, ils dureront un mois, et le cap est remis sur la Guadeloupe avec le même équipage.

Naissance et vie dans les Grenadines

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Le Nahoon sous pavillon de Saint-Vincent

Un problème tracasse Élisabeth et Henry depuis un moment. Le bateau n'est plus une épave et l'administration risque un jour de se manifester et demander à ce que le ""Nahoon"" soit enregistré. Les frais engendrés par cette francisation, les mesures de jauges qui permettront de taxer annuellement le bateau, ne sont pas dans leurs moyens.

Le grand départ est alors décidé : Henry veut voguer vers d’autres cieux sous le pavillon de Saint-Vincent (Grenadines). Élisabeth décide de le suivre. Elle fait une demande de mise en disponibilité, qui prendra effet à partir de septembre. Elle rend les clefs de son appartement et part pour la grande aventure !

Après quelques escales à Sainte-Lucie et Béquia, cette dernière n'est pas que touristique : une fuite au presse-étoupe de l'arbre d'hélice (un seul moteur a été remis en service) demande une réparation urgente. Élisabeth se plaît beaucoup à ce mouillage, c’est un havre de paix. Ils y restent six mois. Les journées s’écoulent tranquillement, Henry travaille, Ivan l’aide. Elle lit beaucoup et coud la layette pour le bébé qui va naître au mois d’août 1977.

La destination suivante sera Port of Spain à Trinidad, où ils espèrent trouver des infrastructures médicales capables de procéder à l'accouchement.

Nahoon sous voiles
Le Nahoon sous voiles.

Ce voyage depuis Béquia et l'escale à Grenade d'une dizaine de jours met Élisabeth hors du temps. C'est idyllique : elle trouve qu’elle a beaucoup de chance de vivre ce voyage en attendant tranquillement son bébé malgré le manque de suivi médical.

Un matin, le vent met un peu de bonne volonté. Vers dix heures les voiles sont envoyées. Ils naviguent toute la journée. En début de nuit, ils identifient, sur bâbord, le phare de Chacachacare, annonçant l'entrée des bouches du Dragon, puis rapidement il est perdu de vue. Henry maintient le cap. Apercevant les côtes vénézuéliennes, il met le moteur en service et prend un cap plein Est pour longer la côte vers Trinidad. Ils mouilleront à Port of Spain en fin de matinée.

Bienvenue à bord

Henry continue l'entretien du bateau et trouve toujours des petits jobs sur le port. Élisabeth cherche une maternité et trouve le "Port of Spain Community Hospital". Elle prend son premier rendez-vous médical depuis qu'elle est enceinte.

Le médecin trouve tout le monde en bonne santé et prévoit la naissance entre le 20 et 25 juillet, en désaccord avec Élisabeth qui, elle, l'estime entre le 10 et 15 août.

Valentine
La joie de vivre à bord du Nahoon

Le 11 août, vers vingt heures, elle commence à ressentir les premières douleurs. Henry l'accompagne à l'hôpital et Valentine naît le vendredi 12 août. L'accouchement s’est bien passé, la mère et l'enfant se portent bien. Aucune raison de rester plus longtemps à l'hôpital : samedi, Valentine fait connaissance avec le "Nahoon".

Ils resteront six mois à Trinidad avant de lever l'ancre pour une remontée vers le nord. Ils feront les escales classiques : Grenade, Canouan et Béquia, à Admiralty Bay, où ils séjourneront jusqu'à fin 1978. Valentine y fait ses premiers pas.


Charter et défis

Pour les provisions, les demandes de "service" des bateaux au mouillage ne manquent pas et souvent, Henry est payé en vivres ou en boîtes de conserve. Une autre source d'approvisionnement non négligeable, le bateau de charter d'un "grand hôtel" martiniquais, sur la route du retour, vient mouiller à proximité et leur offre leur surplus de vivres. C'est d'autant plus appréciable que c'est une fréquence hebdomadaire. Ils bénéficient même, une fois, du renouvellement du linge de toilette.

En septembre 1977, Henry repeint le "Nahoon" et commence à proposer le transport et le gîte aux plongeurs dans les Grenadines. La première expérience de charter est un fiasco : le confort du bateau est insuffisant et la navigation difficile. Elle ne sera pas renouvelée. Le "Nahoon" est mouillé au fond de la baie de Fort-de-France, à Californie, où il subira deux cyclones sans dommages. En 1979, Élisabeth demande à réintégrer son poste, ce qu'elle obtient sans problème. Elle terminera sa carrière à l'Education Nationale au lycée Frantz Fanon à la Trinité en Martinique. Aujourd'hui, Valentine, est astrophycienne, au CNRS.

Nouvelle construction et départ

Valentine
La construction d'Operculum

Le "Nahoon" devenant trop grand, Henry décide de construire un nouveau bateau, l’"Operculum", avec l’architecte Paul Johnson. Élisabeth quitte le "Nahoon" en août 1981. Le projet pour la Nouvelle-Zélande se met en place.

En 1984, "Operculum" est prêt pour sa nouvelle destination. Le "Nahoon" est vendu mais reste à l’abandon une dizaine d’années à Californie. Henry part en Nouvelle-Zélande avec sa nouvelle compagne Yannick, et Élisabeth conserve des souvenirs extraordinaires de ces années passées sur le "Nahoon" avec sa famille.


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